Saturday, May 24, 2008

There is, in a sense, a Philosophy of the Church...


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Garrigou-Lagrange, Le sens commun (4th ed., 1936), pp. 394-7:

§6. Il y a en un sens une philosophie de l’Eglise.


Le Christianisme est une vie plus particulièrement vécue par ceux dont l’âme est plus pure et plus détachée du monde ; mais la racine de la vivante volonté qui se porte vers le bien est l’intelligence qui connaît et juge ce bien ; pour être une vie, le Christianisme doit être une doctrine. Cette doctrine est plus explicitement connue par ceux dont l’esprit est plus pénétrant et plus cultivé. Exprimée d’abord en termes de sens commun, elle s’explicite, se précise peu à peu en des formules dogmatiques qui montrent plus clairement les rapports des dogmes entre eux et avec les grandes vérités de l’ordre naturel. Par là se constitue ce qu’on peut appeler en un sens la philosophie de l’Eglise, ou la philosophie chrétienne ; élaboration du sens commun dans la lumière de la foi, cette philosophie n’est pas un système proprement dit, elle n’en a pas moins sa solution sur les principaux problèmes philosophiques, sur la connaissance sensible et intellectuelle, sur Dieu, sur l’âme humaine, sur la substance corporelle. - Pour l’Eglise, la connaissance sensible a une valeur objective : les accidents eucharistiques sont réels et existent même lorsqu’ils ne sont pas objets actuels de sensation dans un tabernacle fermé ; négation du esse est percipi (111). La connaissance intellectuelle qui seule atteint directement la substance au delà des données des sens est aussi objective, la substance existe réellement distincte des accidents sensibles, celle du pain a été convertie en celle du corps du Christ. - Cette connaissance intellectuelle naturelle nous permet d’affirmer avec certitude l’existence de Dieu (Conc. Vatic.). - Ce Dieu est essentiellement distinct du monde, absolument simple, immuable, éternel, infiniment parfait, omniscient, souverainement bon, absolument libre, provident, juste et miséricordieux. Il a créé librement de rien, dans le temps (112), des substances spirituelles, des substances corporelles et l’homme composé d’esprit et de corps. Il peut agir en dehors de l’ordre des lois naturelles qu’Il a établies. – Dans l’homme l’âme raisonnable est aussi principe de vie sensitive et végétative. Cette âme est spécialement créée par Dieu, et non pas engendrée par les parents. Elle est immortelle, elle reprendra son corps après avoir été séparée de lui. Elle sera éternellement récompensée ou punie. Elle est libre, la liberté nécessaire, pour mériter n’est pas seulement spontanéité (Denz., 1904). Il y a une personnalité ontologique racine de la conscience de soi et de la liberté. - Telles sont les principales assertions de la philosophie chrétienne, elles proviennent en grande partie de la précision du donné révélé.

Le dogme, en évoluant, condamne des systèmes. Faut-il se plaindre que l’erreur soit jugée ce qu’elle est et que le domaine éclairé par la lumière divine grandisse ? Mgr Duchesne a très bien exprimé cette vérité en comparant le développement du dogme catholique au voyage d’un navire parti sur lest et qui se charge peu à peu de marchandises. « La ligne de flottaison s’élève le long de la coque ; autrement dit, il s’enfonce dans la mer. Telle déchirure qui d’abord n’eût pas atteint les œuvres vives les atteindrait maintenant que le niveau s’est élevé, et le navire serait mis en danger par une avarie qui au commencement du voyage eût été sans conséquence… Dans son long voyage, le vaisseau de la tradition a pris une possession plus ample de l’océan ; la surface immergée est devenue plus large qu’à l’origine, bien que ce soit toujours la même doctrine, le même navire. Au second, au troisième siècle on pouvait impunément l’atteindre à certains endroits qui maintenant sont sous les eaux et doivent être respectés sous peine de tout compromettre (113)» C’est pourquoi nous ne devons pas nous étonner de lire dans l’Encyclique Pascendi, après la condamnation de l’agnosticisme, de l’immanentisme et de l’évolutionnisme : « Magistros autem monemus ut rite hoc teneant, Aquinatem deserere, praesertim in re metaphysica, non sine magno detrimento esse. » De même qu’il y a « une métaphysique naturelle de l’intelligence humaine (114)», il y a, au sens où nous l’avons dit, une philosophie de l’Eglise.


Notes:

111. Cf. chez les théologiens, par exemple BILLUART, t. IX, p. 79, la réfutation de l’opinion cartésienne d’après laquelle les accidents eucharistiques ne sont que des impressions subjectives produites par Dieu dans nos sens.

112. Cf. DENZINGER, n° 501-503, la condamnation des propositions d’Eckard où est affirmée la création ab aeterno. Voir aussi n° 391, 428, 1783.

113. Mgr DUCHESNE, Les Témoins anténicéens du dogme de la Trinité (Revue des sciences eccl., V°série, t. VI, déc. 1882).

114. BERGSON, Evolution créatrice, p. 352.
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